Un nouvel an tamoul en petit comité (Avril 2021)
Depuis plus d’un an, le Covid-19 continue de remodeler le visage de nos célébrations. Après un Nouvel An chinois privé de ses dragons et un ramadan confiné, c’est désormais la communauté tamoule qui entame sa nouvelle année à l’ombre de la pandémie.
« Nous traversons une période très difficile, a reconnu Jean-Luc Amaravady, président de la Fédération Tamoule de La Réunion, mais il faut avancer, la tête haute, en espérant que cette nouvelle année soit différente. » Une nouvelle année placée sous les signes de la pureté et de la lumière, où sagesse et connaissance guideront les fidèles vers l’année Pilava — la 5122e du calendrier lunaire tamoul.
L’an dernier, la cérémonie s’était tenue derrière les écrans. Cette fois, pour marquer la 35e année d’un cycle de 60 ans de l’ère Kâliyougam — ère de conflits et de remises en question — les temples rouvrent leurs portes, mais dans le strict respect des protocoles sanitaires.
Une célébration réinventée
Au temple de la rue Maréchal Leclerc à Saint-Denis, les festivités ont débuté dès l’aube. Après le passage du soleil dans le signe du bélier, la cérémonie s’est ouverte par l’Abishègam, le bain rituel. « On utilise du jus de canne, du miel, de l’eau ou du lait pour bénir la divinité, explique Daniel Minienpoullé, président de l’association Siva Soupramanien Saint-Denis. Symboliquement, ce bain signifie donner la vie. » Les prières ont suivi à partir de 8h30, avant que l’officiant ne délivre ses prédictions pour l’année à venir.
Masque obligatoire, distanciation, jauge limitée : entre 40 et 50 personnes sont autorisées à se tenir debout dans l’enceinte du temple. Des flèches au sol indiquent le sens de circulation, à l’intérieur comme dans la cour. « L’idée, c’est que les gens ne se croisent pas et ne restent pas statiques », précise Daniel Minienpoullé. Après la cérémonie, la nourriture sacrée sera partagée selon la tradition, gestes barrières oblige, avant que chacun ne rentre prier dans son temple familial.
Les festivités culturelles du soir, elles, n’auront pas lieu — comme l’an passé. Une absence qui pèse. « La frustration est réelle, reconnaît le président de l’association, mais en citoyens responsables, on sait qu’il y a un danger. Ce côté traditionnel nous manque, mais on prie justement pour que cette crise passe vite. »
Le partage, valeur refuge
Sandiren Mourouguin Soubou, président de l’association des Jeunes Indo-Réunionnais, partage ce sentiment. Faute de rassemblement communautaire, son équipe a choisi de marquer autrement ce jour particulier : en collaboration avec l’association Solidarité Sainte-Thérèse de Saint-Pierre, ils iront distribuer des repas aux personnes sans abri. Un geste ancré dans les valeurs fondamentales de l’hindouisme — l’offrande, la bénédiction et le partage.